Les rescapés du Sentiment Océanique

Les ouvrages de la collection « les rescapés du sentiment océanique » co-édités par les éditions Mix et l'EBABX, sont les actes des journées d’étude organisées dans le cadre du séminaire Philosophie & anthropologie de l’art à l'EBABX-Ecole d'Enseignement Supérieur d'Art de Bordeaux.

Espace politique : adversité, fidélité, fraternité

Pierre-Damien Huyghe, philosophe, il enseigne à l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne Fabrice Reymond est écrivain et critique

Modération et présentation : Fabien Vallos
avec Clémentine Coupau, étudiante en année Master ebabx et This is not

Dans le cadre du séminaire seront organisées, durant le premier semestre de l’année 2010-2011, trois journées d’étude sur des thèmes directement en lien avec nos recherches et avec l’actualité. Ces journées d’étude seront l’occasion de confronter des communications d’intervenants extérieurs et des communications d’enseignants de l’école, ainsi que celles des étudiants en master. Ces journées d’étude seront publiques et ouvertes à l’ensemble des étudiants de l’école ainsi qu’aux étudiants qui souhaitent y assister. Celles-ci feront l’objet de publications.

Cette première journée d’étude aimerait proposer que la réflexion soit ouverte à la mesure politique et éthique de notre vivre avec et de notre penser avec. Il s’agit en somme de réfléchir à l’espace politique comme lieu possible de l’œuvre, du statut de l’artiste et du contemporain. C’est pour cette raison que nous convoquons une figure distordue, un spectre du triptyque républicain qui prend place, cette fois, autour des figures de l’adversité comme mesure possible d’un face à face dialectique, de la fidélité comme saisie de la figure de l’amitié et comme ce qui fait que nous sommes contemporains et enfin la figure de la fraternité comme le lieu économique de notre vivre avec. Ce vivre avec, la communauté, s’il est un espace éthique, est alors le lieu de l’œuvre.

Inchoation & immédiateté

Sébastien Pluot est historien de l’art et commissaire indépendant. Alessandro de Francesco est éditeur et dirige des ateliers de créations littéraires

Modération et présentation : Fabien Vallos avec Lény Bernay, Jérémie Gaulin et Nicolas Linel

Cette deuxième journée d’étude voudrait proposer une réflexion sur la question du temps de l’œuvre, selon au moins une double acception, celle de sa durée intrinsèque qui lui permet d’advenir en tant qu’œuvre, et celle de cette durée probable qui fait encore exister l’œuvre.
Nous proposons donc une journée d’étude autour des concepts d’inchoation et d’immédiateté : si l’immédiateté signifie ce qui se présente sans intermédiaire dans un temps concentré et une durée précise, l’inchoation, quant à elle signifie ce qui commence, ce qui se déclenche, et voudrait sans doute dire le difficile mouvement de l’œuvre entre accomplissement et incomplétude. En ce sens, ce qui relève, à la lettre, des deux concepts d’immédiateté et d’inchoation, est la réintérrogation du concept adornien d’intermittence. Que signifient alors les figures de la suspension, du rythme, du commencement, de la virtualité.

Sébastien Pluot est historien de l’art et commissaire indépendant. Il enseigne l’histoire et la théorie des arts à l’université Paris I Panthéon Sorbonne et à l’Ecole Supérieure des Beaux-Art de Angers où il développe le programme de recherche In Translation avec Fabien Vallos et Peter Connor du Barnard College, University of Columbia, New York.
Auteur de textes publiés dans différentes revues et catalogues, dont Include Me out, catalogue de l’exposition Vides une rétrospective, Centre Georges Pompidou / Kunsthalle de Berne, 2009 , il prépare actuellement avec Dean Inkster une exposition sur l’artiste américain Christopher D’Arcangelo au Centre d’art Montehermoso en Espagne, au Cac Brétigny et à Artists Space à New York. En partenariat avec Renée Green du San Francisco Art Institute (SFAI), il développe le projet Living Archives, un programme de recherche, d’exposition et de publication sur certains usages du document et de l’archive dans l’art contemporain.

Alessandro De Francesco a publié les livres de poésie Lo spostamento degli oggetti (Cierre Grafica, Vérone, 2008), Redéfinition (Mix., Paris, 2010), Ridefinizione (La Camera Verde, Rome, 2010, en voie de parution) et l’e-book trilingue da 1000m (www.gammm.org, 2009). Il dirige un atelier de création littéraire à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, co-dirige (avec Michel Murat) un séminaire de théorie de la poésie contemporaine à la Sorbonne et collabore avec le Centre Pompidou pour des événements de poésie et de cinéma. Il donne des cours de poésie italienne contemporaine à l’ENS de Lyon jusqu’en 2010. Depuis 2010, il est doctorant à l’Université de Paris-Sorbonne, sous la direction de Georges Molinié, avec un projet de thèse en théorie littéraire. Il a été invité dans différents pays d’Europe et aux Etats- Unis pour des lectures, des conférences, des installations et des performances de poésie.

Sur le concept de négligence
(éloge du chiffonnier)

Manuel Reyes Mate
Laetitia Paviani

Modération et présentation : Fabien Vallos
avec les étudiants du séminaire Philosophie et anthropologie de l’art

Cette troisième journée proposera une réflexion sur le concept politique et philosophique de négligence à partir de la figure matérielle du chiffonnier, c’est-à-dire à partir de la figure convoquée par Walter Benjamin du Lumpensammler. Si la négligence est une figure insoutenable et impossible – déconstruite par le puissant concept d’épiméléia platonicien et socratique et par le concept chrétien d’acédie – est-il alors envisageable de proposer la constitution d’une réflexion autour de la possibilité politique et éthique de l’être-négligent ? Nous voudrions proposer de penser la négligence comme notre singulier advenir
politique : l’être négligent n’est donc pas un être du scrupule ni un être du rituel parce que l’ens neglegens est l’être de la saisie fortuite et l’être de la saisie du non-nécessaire.

Laetitia Paviani est auteur. Elle a collaboré à différentes revues (Pétunia, Zérodeux, Edwarda), ouvrages collectifs (Écrivains en séries, Léo Sheer ), catalogues (Spoiled Climate de R&Sie(n)) et expositions (Ingenium d’Emmanuelle Lainé, Anthologie de l’humour noir de Saâdane Afif, Les interlocuteurs II et III commissariat de Mathilde Villeneuve)

Manuel Reyes Mate est professeur à l’Institut de philosophie du Conseil supérieur de recherches scientifiques (CSIC) de Madrid dont il est membre fondateur. Il dirige le projet de recherche « Philosophie après l’Holocauste » et l’Encyclopédie ibéro-américaine de philosophie. Il collabore aux quotidiens El País et El Periódico de Catalunya. La raison des vaincus, L’Harmattan, 1993, Memoria de occidente. Actualidad de pensadores judios olvidados, Anthropos, Barcelona, 1997, Memoria de Auschwitz. Actualidad moral y politica, Trotta, Madrid, 2003, La herencia del olvido, errata naturæ, Madrid, 2008, Minuit dans l’histoire, éditions Mix., 2009.

Manières & protocoles

Pierre-Damien Huyghe, philosophe, il enseigne à l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne Fabrice Reymond est écrivain et critique

Invités : Jean-Baptiste Farkas et Pierre-Damien Huyghe
Étudiants : Nicolas Linel et Martin Lahitete

Manières & protocoles

Cette quatrième journée d’étude du séminaire Philosophie du langage (dirigé par Fabien Vallos), porte le titre de Manières & protocoles et aura lieu le mercredi 18 janvier 2012 à l’École d’enseignement supérieur d’art de Bordeaux. Nous avons invité pour cette journée le philosophe Pierre-Damien Huyghe et l’artiste Jean- Baptiste Farkas.

Dans une réflexion continue sur les pratiques et sur la question de ce que signifie aujourd’hui une éthique, nous aimerions confronter les discours d’un artiste et d’un philosophe. Si le travail radical de Jean-Baptiste Farkas consiste à énoncer et rédiger des protocoles dont l’essentiel consiste à «rompre l’enchaînement des actions efficaces» et pour le reste à soustraire en tant que geste et si la pensée de Pierre-Damien Huyghe ne cesse de revenir sur les concepts de morale et d’éthique, alors que signifie penser deux gestualités essentielles, celle de la manière (ou du mode) et celle du protocole. Comment peut-on penser pour notre modernité politique, la différence et les liens qu’il y a entre «nos manières d’être» (comme Weise heideggérienne) et l’institution de protocoles ? Est-ce qu’il s’agit d’un «mode d’être» et d’un «mode d’apparaître» ? Ou bien, plus fondamentalement, est-ce qu’il s’agit, pour nous, de saisir en permanence ces deux gestes pour penser en quels modes de l’être les usages existent comme usages ou comme protocoles. Si la manière (ou le mode) est la saisie d’un présent, le protocollon, n’est jamais que ce qui en est rendu public (affiché).

Le chiffre et le texte
(formes d’usages)

Invités : Antoine Dufeu, écrivain et Quentin Meillassoux, philosophe

Étudiants : Victor Delestre, Jean-Baptiste Carobolante, Irwin Marchal.

Le chiffre et le texte (formes d’usages).

Cette cinquième journée d’étude du séminaire Philosophie du langage (dirigé par Fabien Vallos) porte le titre de Le chiffre et le texte (formes d’usages) et aura lieu le mardi 14 février 2012 à l’EBABX - Ecole d’Enseignement Supérieur d’Art de Bordeaux.

En septembre 2011, deux ouvrages – qui en apparence n’ont rien à voir – ont été publié, l’un De la très haute pauvreté de Giorgio Agamben, l’autre, Le nombre et la sirène de Quentin Meillassoux. L’ouvrage d’Agamben investit le concept d’usage à partir de l’expérience franciscaine de la règle et d’une forme particulière, inappropriable, de vie; l’autre analyse Un coup de dé jamais n’abolira le hasard de Stéphane Mallarmé dans une tentative d’élucidation d’un nombre et dans la possibilité d’un déchiffrement de ce que la modernité appelle un poème. Deux expériences, éloignées, et pourtant singulières de notre modernité, l’établissement de la règle et l’établissement du chiffre. Si le travail d’écriture d’Antoine Dufeu consiste en même temps à pulvériser l’idée de l’unité stylistique et matérielle du texte et du poème alors même qu’il ne cesse de le réaliser dans une efficacité du chiffre et de la profusion, et si la recherche de Quentin Meillassoux consiste à penser la modernité du poème dans un nombre unique, alors nous devons proposer de penser encore ce qu’est pour nous le chiffre, le texte et l’usage que nous en faisons. Nous pourrions alors proposer comme énoncé central de cette journée d’étude, l’idée paradoxale que ce que nous appelons le poème ou le poématique, pour notre modernité, est contenu dans l’idée qu’il maintient et qu’il expose, systématiquement, un chiffre ou un nombre dont le celement, essentiel pour que l’œuvre se maintienne, pourrait éventuellement advenir à un dévoilement sans que rien ne change, puisque ce n’est pas le sens du chiffre qui compte mais ce qu’il se produit dans l’idée du déchiffrement. L’usage du poème, de l’œuvre, n’est pas à saisir dans l’appropriation d’un sens mais dans la figure originelle et cependant insignifiante de son secret.